
« Je n’ai rien à voir avec la Françafrique » DENIS SASSOU NGUESSO, président du Congo Revenu au pouvoir à Brazzaville en octobre 1997 après avoir présidé aux destinées du pays de 1977 à 1992 et après une deuxième guerre civile qui fera plus de 10 000 morts au Congo , Denis Sassou Nguesso est une nouvelle fois candidat à sa réélection à l’occasion du scrutin présidentiel du 12 juillet prochain. Il vient de publier un livre d’entretiens avec Edouard Dor, « Parler vrai pour l’Afrique »*. « C’est un des grands dirigeants de l’Afrique », dit de vous Nelson Mandela en avant-propos de votre dernier livre. Après la mort du président Omar Bongo, vous considérez-vous comme un « sage » de l’Afrique ou, du moins, comme son nouveau leader régional ? Denis Sassou Nguesso. Ce n’est pas à moi de le dire ! Si Nelson Mandela porte un tel jugement, c’est que je pense modestement que mon pays et ses dirigeants ont joué le rôle qui est connu en Afrique, et particulièrement en Afrique australe, pour la fin de l’apartheid. La disparition du président Bongo est une grosse perte pour l’Afrique centrale, pour le Gabon naturellement, et pourquoi pas le reste du monde. Dans toute la sous-région, la sagesse du président Bongo était bien connue, mais il ne me revient pas de m’arroger ce rôle. N’êtes-vous pas aussi un des derniers représentants de la Françafrique ? Je ne sais pas quel contenu on donne à cette notion de Françafrique. Au Congo, nous n’avons pas d’accord secret ou de défense avec la France. Nous avons toujours eu avec la France des relations transparentes, des relations ouvertes d’amitié et de coopération. Je n’ai rien à voir avec la Françafrique car, au Congo, nous n’avons jamais rien eu à cacher. Nicolas Sarkozy veut tourner la page et bâtir une nouvelle relation de partenariat « gagnant-gagnant » avec l’Afrique… Ce sont les relations que nous avons déjà eues avec la plupart des chefs d’Etat. J’ai connu les présidents Giscard d’Estaing, Mitterrand, Chirac et aujourd’hui le président Sarkozy. Nous n’avons jamais eu de rapports conflictuels, mais toujours des rapports de respect mutuel. Le peuple congolais a reçu en ami, comme il le mérite, le président Sarkozy, qui nous a fait l’honneur d’une visite officielle en mars. Je m’honore de son amitié et nous avons des rapports amicaux et chaleureux, mais il n’y a entre nous rien à ce qui ressemblerait de près ou de loin à ce que vous appelez Françafrique. Pourquoi êtes-vous candidat le 12 juillet ? Après avoir ramené la paix, la stabilité et la sécurité dans le pays, après avoir remis en marche toutes les institutions du pays qui étaient à l’arrêt, rétabli les rapports du Congo avec le reste du monde et les institutions internationales, puis mis le pays sur le chemin de la croissance, nous avons pris notre décision pour poursuivre ce travail. « Les élections sont gagnées d’avance », disait le président Bongo… Je doute que le président Bongo ait fait une déclaration de ce genre. Paix à son âme ! Mais personnellement, je n’ai jamais connu d’élections gagnées d’avance. De nombreux opposants contestent le déroulement de ce scrutin présidentiel, comme Ange Edouard Poungui, l’un de vos principaux adversaires, dont la candidature a été écartée… Je ne connais pas d’adversaires principaux. Il y a dix-sept candidats retenus par la Cour constitutionnelle. Tous les partis, l’opposition, la majorité, la société civile participent à l’organisation du scrutin à tous les niveaux. Voilà la réalité. Si vous êtes réélu, quelles seront vos priorités ? Après avoir redonné espoir à notre peuple, nous pourrions nous engager dans les prochaines années sur les thèmes de la modernisation et de l’industrialisation du pays avec la transformation des matières premières et un vaste programme de développement de l’agriculture et de l’exploitation de nos forêts et de nos mines. Nous voulons également relancer l’industrie touristique et développer l’éco-tourisme. Vous faites l’objet d’une action judiciaire en France pour des « biens mal acquis »… C’est de l’acharnement honteux, mais nous sommes sereins. Il ne s’agit que d’un petit appartement de deux chambres avenue Rapp, à Paris (VII e ), que l’on présente à tort comme un hôtel particulier, et de certaines villas au Vésinet (Yvelines). Nous n’avons pas le sentiment d’avoir dévalisé le Congo. « J’ai fait sans doute de bonnes choses, sans doute de moins bonnes… », reconnaissez-vous dans votre livre. Des entretiens que vous avez acceptés pour être compris et non jugé ? Tellement de personnes parlent ou écrivent sur l’Afrique sans même y avoir mis les pieds. C’est donc une contribution pour faire connaître l’Afrique et le Congo. Nous sommes des politiques et cherchons c’est bien naturel à être compris. Du moins nous l’espérons. *« Parler vrai pour l’Afrique », de Denis Sassou Nguesso, Editions Michel Lafon, 264 pages, 20 €. Le parisien Propos recueillis par Bruno Fanucchi | 04.07.2009, 07h00 Article disponible ici. |